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 Mes vacances, c'est la caserne

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O'neil
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MessageSujet: Mes vacances, c'est la caserne   Lun 20 Aoû - 15:17

Article du monde sur les pompiers volontaires.


Dans la vie civile, Frédéric Daminiani, 40 ans, est le boulanger de Bédarrides, jusqu'à 600 pains et une centaine de viennoiseries quotidiens. Florence Bley, 42 ans, est viticultrice à Châteauneuf-du-Pape, 40 hectares de grenache, syrah et autres picpouls. Jean-Baptiste Forment, 31 ans, travaille dans une société d'autoroute sur l'A7 voisine. Christophe Tanari, 38 ans, est chargé de la logistique dans une usine nucléaire au bord du Rhône.

Sous l'uniforme, ils sont sergent-chef, caporal-chef et lieutenant, piliers du centre de sapeurs-pompiers de Bédarrides, en première ligne pendant les incendies de l'été, mais aussi sur les accidents de la route, les inondations et tout ce qui fait le quotidien des sapeurs : malaises, nids de guêpes, serpents et autres feux d'artifice dans le village...

Depuis des années, ils partagent leur vie entre leur métier, leur famille et les pompiers. Partager sa vie est un euphémisme pour ces anonymes du secours. Avec les gardes du week-end dans la caserne, avec les astreintes de nuit, qui supposent de pouvoir rejoindre ladite caserne en moins de cinq minutes, ces pompiers volontaires sacrifient leur temps personnel, une partie de leur vie professionnelle et familiale pour leur mission de secours de proximité.

La "vocation", la gratification sociale, la "reconnaissance" des victimes, la satisfaction de porter l'uniforme, la fierté d'appartenir à une équipe, de rendre service, le goût du risque, le "plaisir" de combattre le feu ont longtemps suffi à attirer des candidats et à remplir les camions rouges. Mais tout change : depuis quelques années, des centres de secours comme celui de Bédarrides commencent à avoir des difficultés pour recruter de nouveaux volontaires. "On est sans doute dans une société plus égoïste. Les gens préfèrent aller faire du VTT ou jouer au rugby plutôt que de passer leur dimanche en caserne", explique le lieutenant logisticien Tanari, vingt ans d'expérience derrière lui.

L'évolution sociologique de la population rurale modifie aussi les comportements. "Les nouveaux habitants ne sont pas investis de la même manière dans la vie du village. On le voit au moment où on vend nos calendriers, quand certains ne nous ouvrent pas la porte", poursuit le lieutenant. Comme ses camarades, il souligne la difficulté à concilier les activités de pompier avec la vie familiale. "Une femme qui se marie avec un pompier se marie aussi avec le métier", sourit le sergent-chef boulanger Frédéric Daminiani, également père de deux enfants.

S'ajoutent évidemment les contraintes professionnelles. A Bédarrides, faute de troupes disponibles suffisantes, les interventions en journée sont souvent assurées par les centres de secours plus importants, mais plus éloignés, où travaillent des pompiers professionnels. Peu d'habitants exercent sur la commune et seraient disponibles dans les cinq minutes réglementaires. Et ceux qui pourraient être appelés doivent aussi gérer leurs rapports avec leur employeur ou, lorsqu'ils sont artisans ou agriculteurs, la bonne marche de leur entreprise.

Certains officiers déconseillent ainsi à leurs hommes d'indiquer leur statut de pompier volontaire sur leur CV afin de ne pas effrayer les chefs d'entreprise. "Les employeurs ont souvent peur de voir leur salarié partir à n'importe quel moment ou sur une intervention importante, en cas d'incendie ou d'inondation, qui peut durer 48 ou 72 heures", relève le capitaine Jean-Luc Buchert, responsable du développement du volontariat dans le Vaucluse.

Les indemnités perçues par les volontaires ne suffisent pas à contrebalancer ces inconvénients. Un pompier du rang touche 6,94 euros de l'heure pour une intervention de jour, un officier atteint royalement les 10,44 euros - vacations doublées la nuit. Les astreintes à domicile sont indemnisées à hauteur de 0,62 euro de l'heure pour un simple sapeur, 0,94 euro pour un officier. Dans le Vaucluse, en dehors des pics d'activité estivaux, un pompier peut espérer toucher entre 200 et 250 euros par mois.

"On ne vient pas pour l'argent. Il y en a, bien sûr, qui font ce calcul, mais ils ne restent pas très longtemps", assure Thierry Chipponi, 43 ans, lieutenant volontaire à L'Isle-sur-la-Sorgue. L'officier, employé municipal dans le civil, est un passionné qui a consacré sa vie aux pompiers. "Mes vacances, c'est la caserne. Mon livre de chevet, c'est sur les pompiers. Mes amis sont des pompiers." Sa fille, 21 ans, et son fils, 18 ans, sont aussi devenus volontaires. "C'est comme un virus", résume le lieutenant. Comme beaucoup de volontaires, il avait envisagé devenir professionnel, mais n'a pas réussi le concours d'entrée.

Le signe aussi que, parmi les anciens, la satisfaction continue, malgré tout, de l'emporter sur les inconvénients. A Bédarrides, comme à L'Isle-sur-la-Sorgue, les difficultés paraissent s'envoler lorsque les volontaires évoquent les "boîtes de chocolats" envoyées par les victimes, les méchouis avec les familles, les compétitions sportives avec d'autres pompiers, les haies d'honneur en uniforme à la sortie des mariages des collègues.

Mais, plus que tout, c'est le frisson des sauvetages qui fait tenir le choc. Comme ce feu de forêt où les pompiers de Bédarrides, venus aider leurs collègues des Alpes-de-Haute-Provence, débordés, étaient arrivés les premiers. "C'était terrible, mais on savait qu'on était tellement utile", se souvient, émue et très fière, le sergent-chef viticulteur Bley. Ou comme cet habitant de L'Isle-sur-la-Sorgue qui remercie encore et encore le lieutenant Chipponi lorsqu'il le croise. "C'était un accident. Je lui avais juste tenu la main..." Mieux qu'un salaire ou un statut officiel.

Luc Bronner
Article paru dans l'édition du 21.08.07.

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